Living with Art: Neon, Prints and Design Objects

Vivre avec l’art : néons, estampes et objets design

, 14 min temps de lecture

Il y a des maisons que l’on décore, et d’autres qui se construisent peu à peu à partir de ce que l’on y rassemble et de la manière dont on y vit. Dès qu’une œuvre au néon s’allume au-dessus d’un fauteuil de lecture, ou qu’une figurine en vinyle en édition limitée trouve sa place sur une étagère entre une première édition et une pièce en céramique, l’espace change. Il cesse d’être un simple décor et commence à dire quelque chose de la personne qui y habite. C’est l’un des plaisirs du collectionnisme contemporain : l’art ne reste plus à distance de la vie quotidienne. Il en fait partie.

Pourquoi les anciennes règles ne tiennent plus

Pendant une grande partie du XXe siècle, la collection suivait des codes assez rigides. Les peintures allaient au mur, la sculpture avait son socle, et tout ce qui relevait de la culture populaire ou d’une esthétique plus juvénile était souvent tenu pour moins sérieux. On attendait des intérieurs qu’ils soient élégants dans un registre étroit et très prévisible.

Cette hiérarchie paraît aujourd’hui dépassée. Les intérieurs les plus intéressants se construisent moins par convention que par jugement, et ils en disent souvent bien davantage sur la personne qui les habite. Une œuvre de Javier Calleja, ou une pièce comme Heads, peut donner le ton d’une pièce avec beaucoup plus de force qu’un simple objet décoratif.

Cela ne signifie évidemment pas que tout fonctionne partout. Un bon intérieur repose toujours sur les proportions, l’emplacement et une certaine retenue. Ce qui a changé, c’est que les collectionneurs disposent aujourd’hui d’un éventail bien plus large de pièces pour exprimer ce jugement.

Collectionner avec plus de liberté

Si le collectionnisme contemporain trouve si naturellement sa place dans l’intérieur, c’est aussi parce que les collectionneurs ne pensent plus en catégories fermées. Une même personne peut être attirée par une estampe en édition limitée, une sculpture en céramique, un objet de design et une figurine en vinyle sans éprouver le besoin de les hiérarchiser. Ce qui les relie, ce n’est pas le médium, mais le goût, la curiosité et le regard.

Cela explique pourquoi les œuvres de KAWS trouvent aujourd’hui si naturellement leur place dans de grandes collections privées. Leur force ne repose pas sur la prétention à autre chose que ce qu’elles sont. Elles appartiennent à une culture du collectionnisme dans laquelle l’art, le design et l’imaginaire contemporain se croisent sans effort, à la maison comme dans le champ plus large de l’art urbain.

Vue ainsi, la présence des objets dans une pièce ne relève plus du simple accessoire. Ils commencent à structurer l’espace plus activement, et la relation entre le mur, l’étagère et le sol devient bien plus intéressante.

Le collectionneur qui comprend qu’une figurine en vinyle et une lithographie peuvent partager le même espace visuel sans se faire concurrence pense déjà au-delà de l’ancienne opposition entre œuvre d’art et objet de collection.

Quand le mobilier entre en jeu

Le mobilier occupe lui aussi une place plus consciente dans cette conversation. Les pièces en édition limitée de designers qui travaillent à la frontière de l’art, de l’artisanat et du design ne sont plus perçues comme un simple décor. On les choisit pour les mêmes raisons qu’une bonne œuvre : l’auteur, la qualité des matériaux et la sensation qu’elles peuvent exister pleinement dans un espace.

Lorsqu’une œuvre forte partage l’espace avec un mobilier de caractère, le résultat est souvent plus juste qu’un intérieur trop parfaitement coordonné. Une certaine tension entre l’image et l’objet, ou entre la force graphique et des matières plus calmes, donne de la profondeur à la pièce. L’ensemble paraît réfléchi, sans donner l’impression d’avoir été trop mis en scène.

Estampes et objets en dialogue

L’un des plaisirs d’exposer l’art chez soi tient à la relation entre ce qui est accroché au mur et ce qui occupe l’espace en dessous. Une estampe apporte une image et un point d’ancrage visuel ; une sculpture ou un objet ajoute du poids, du rythme et une rupture. Bien associés, les deux changent immédiatement la perception de la pièce.

Une lithographie de Takashi Murakami posée au-dessus d’une console produit un certain effet. Si l’on ajoute une pièce sculpturale en dessous, le regard descend dans la pièce, puis remonte. Ce simple déplacement transforme souvent un mur, de simple surface d’exposition, en partie active de l’espace. C’est aussi pour cela que les estampes fonctionnent si bien dans l’aménagement intérieur.

La question de l’échelle est ici décisive. Un objet trop petit disparaît, tandis qu’un objet trop affirmé peut aplatir tout ce qui l’entoure. La couleur compte aussi, mais le plus souvent de manière discrète : lorsqu’une surface en dessous reprend une nuance de l’œuvre au-dessus, l’ensemble paraît juste, sans chercher à trop en faire.

Vivre avec le néon

Le néon occupe une place particulière dans un intérieur domestique, car il est à la fois œuvre et source de lumière. Il transforme une pièce très vite, mais il fonctionne mieux à la maison lorsqu’on le considère d’abord comme une œuvre, puis comme une ambiance. Cet ordre compte.

Les meilleurs néons ne sont pas choisis simplement parce qu’ils brillent bien dans l’obscurité. Ils convainquent parce que l’image elle-même est assez forte pour tenir le mur. Une pièce comme The Crown de Basquiat possède exactement cette qualité : directe, familière et suffisamment forte pour se suffire à elle-même. Il en va de même pour Barking Dog de Keith Haring, dont l’énergie et la netteté lui donnent presque l’allure d’un trait dessiné dans l’air.

L’imaginaire de Warhol trouve lui aussi naturellement sa place dans le néon, puisqu’il appartient déjà à un univers de répétition, d’emballage et de mise en scène publique. Andy Warhol Campbell’s Soup Can se sent particulièrement à l’aise dans ce format, à mi-chemin entre image pop, signe et objet lumineux. Dans les trois cas, l’œuvre gagne à disposer d’un peu de distance et de calme autour d’elle. Le néon supporte rarement la concurrence de trop nombreux stimuli visuels.

L’emplacement compte autant que le sujet. Un seul néon fort apporte généralement davantage à une pièce que plusieurs points lumineux plus faibles. Il a aussi besoin d’air autour de lui, car une partie de son effet tient au halo qu’il projette sur le mur. Bien utilisé, le néon apporte non seulement une atmosphère, mais aussi une certaine tension.

Les skate decks comme œuvres murales

Le skate deck s’est imposé comme un support remarquablement efficace pour l’image contemporaine, non seulement pour ses références culturelles, mais aussi pour sa forme, son épaisseur et sa présence matérielle. Il offre ce qu’une estampe encadrée ne donne pas : un format vertical aux bords réels, une profondeur tangible et un rapport plus physique au mur.

C’est pourquoi les skate decks fonctionnent si bien à la maison. Réunis en composition serrée, ils apportent à un mur rythme et structure. Une sélection d’images iconiques d’Andy Warhol, de Jean-Michel Basquiat ou de Roy Lichtenstein montre à quel point un langage graphique affirmé se prête naturellement à ce format. Un bon exemple en est le skate deck Brillo d’Andy Warhol, où l’imaginaire pop et la dimension objet s’accordent particulièrement bien.

La matière contribue largement à cet effet. L’érable apporte de la chaleur, de la densité et une honnêteté tactile qui deviennent encore plus perceptibles lorsque les decks sont placés près de pierre polie, de surfaces laquées ou d’œuvres plus discrètes sur papier.

Figurines en vinyle et art toys

Le marché de l’art toy a suffisamment mûri pour que ses meilleures pièces puissent aujourd’hui fonctionner très convaincument comme sculptures de collection. Leurs racines dans la culture du jouet demeurent une part de leur attrait, mais ce qui les rend véritablement utiles dans un intérieur, c’est qu’elles apportent humour, caractère et mémoire culturelle sans perdre leur présence formelle.

Il faut toutefois les placer avec soin. Dispersées sans logique dans une pièce, elles peuvent vite sembler accidentelles. Rassemblées avec intention, elles gagnent en lisibilité, et une étagère cesse alors de ressembler à un simple rangement pour devenir un présentoir pensé. Une combinaison comme BE@RBRICK Keith Haring 10 1000%, BE@RBRICK Andy Warhol Marilyn et BE@RBRICK Jean-Michel Basquiat V6 fonctionne parce que les pièces dialoguent entre elles par l’échelle, la surface et l’iconographie.

Ce qui compte n’est pas seulement de posséder une figure reconnaissable, mais de comprendre comment elle occupe l’espace. Les pièces en vinyle gagnent à être placées dans des lignes de vue dégagées, à une hauteur suffisante pour ne pas être absorbées par leur environnement, et dans un cadre qui aide à dessiner leur silhouette. Une œuvre de KAWS ne se lit pas du tout de la même façon lorsqu’elle est isolée sur un fond uni ou lorsqu’elle se retrouve coincée entre des livres, des lampes et du désordre. Pour les collectionneurs intéressés par ce croisement entre sculpture, icône et objet, l’évolution de KAWS en tant qu’icône offre un point de repère utile.

Ces œuvres ont aussi un avantage tonal. Une pièce comme KAWS BFF Black ou KAWS Companion Grey peut alléger une pièce devenue trop solennelle. Bien utilisées, ces touches d’esprit rendent une collection plus vivante et beaucoup moins prétentieuse.

Rassemblées avec intention, les figurines en vinyle prennent l’allure d’une présentation. Dispersées sans logique, elles ressemblent à du désordre. Toute la différence tient à la qualité de la mise en scène.

Céramique, porcelaine et matériaux plus calmes

Dans les intérieurs où cohabitent néon, vinyle et œuvres graphiques très affirmées, la céramique et la porcelaine jouent souvent un rôle d’équilibre. Elles ralentissent le rythme de la pièce. Leurs surfaces retiennent la lumière différemment, et leur histoire matérielle introduit un autre tempo dans l’ensemble.

C’est particulièrement vrai pour les œuvres qui se situent entre sculpture et objet domestique. Ai Weiwei, avec Coca-Cola Glass Vase, et Javier Calleja avec Pot Pop Top Flower Vase sont séduisants, en partie parce qu’ils préservent cette ambiguïté. Ce ne sont pas de simples formes utilitaires, mais ils ne renoncent pas non plus au langage de l’usage.

La céramique demande aussi un autre regard. Là où le néon projette et où le vinyle affirme presque immédiatement son contour, la céramique attire l’attention par sa surface, sa finition et son poids. Elle fonctionne souvent mieux lorsqu’on peut la voir de près — sur une console, un socle ou une étagère basse — afin que l’émail, l’ombre et la proportion puissent réellement se faire remarquer.

Placées à côté d’une œuvre plus graphique ou plus ludique, les pièces en céramique apportent souvent le calme nécessaire. Ce contraste peut se révéler plus efficace qu’une harmonie trop évidente, parce qu’il permet à chaque objet d’aiguiser la lecture de l’autre. Dans un intérieur mixte, ce sont souvent ces pièces plus silencieuses qui empêchent l’ensemble d’en faire trop.

Prendre soin de la collection

Une collection domestique a aussi des besoins pratiques, et ce n’est généralement pas l’aspect le plus glamour de l’histoire. La lumière reste l’un des plus grands risques, surtout pour les œuvres sur papier, les estampes et autres surfaces sensibles. Il vaut mieux éviter toute exposition directe au soleil, et un verre anti-UV peut ajouter une protection supplémentaire aux œuvres encadrées. Les musées et les conservateurs soulignent aussi l’importance de maintenir un niveau d’éclairage faible pour les œuvres sur papier et d’éviter autant que possible une lumière artificielle trop forte.

La stabilité environnementale compte tout autant. Le papier et le bois sont particulièrement vulnérables aux variations de température et d’humidité relative, d’où l’intérêt d’une pièce fraîche et stable plutôt qu’impressionnante. Concrètement, cela signifie éloigner les œuvres des radiateurs, des bouches de chauffage, des zones humides et des murs exposés à un ensoleillement prolongé ou à la condensation.

Les systèmes d’accrochage et les supports méritent la même attention. Une œuvre mal installée n’est pas seulement mal présentée ; elle est aussi en danger. En ce sens, prendre soin d’une collection fait partie de la manière de bien collectionner, aussi peu romantique que cela puisse paraître. Pour aller plus loin, nos guides sur l’encadrement des estampes, leur stockage et leur présentation ainsi que la conservation des estampes de collection offrent un point de départ plus détaillé.

Vivre avec la collection

Ce qui rend une collection mémorable n’est que rarement le nombre d’œuvres qu’elle rassemble. Le plus souvent, c’est le sentiment que chaque objet a trouvé les conditions justes pour s’exprimer. Une pièce devient convaincante non pas lorsque chaque surface est occupée, mais lorsque l’échelle, les distances et les contrastes ont été pensés avec soin.

C’est pourquoi le collectionnisme contemporain fonctionne si bien dans les intérieurs domestiques lorsqu’il est abordé avec patience. Un néon, une pièce en céramique, un deck ou une figurine en vinyle peuvent chacun transformer une pièce, mais ils le font de façons différentes. Le véritable savoir-faire consiste à comprendre la présence que chacun apporte, et à résister à la tentation de faire parler toutes les pièces en même temps.

Dans sa meilleure version, une collection domestique ne se contente pas de montrer du goût. Elle crée un rythme visuel qui conduit le regard du mur à l’étagère, puis d’un objet à l’autre, jusqu’à ce que la pièce paraisse plus intentionnelle, plus personnelle et beaucoup plus vivante.

Construisez une collection qui vive avec vous Explorez des œuvres de sculpture, de néon, d’éditions et d’objets conçus par des artistes dans l’ensemble de notre sélection, de la lampe néon Head de Jean-Michel Basquiat aux Migrants, walking New York city. New York, USA (2015) de JR, ou encore à la superbe sculpture BIAS II de Roby Dwi Antono, et découvrez comment différents médiums peuvent donner à une pièce du caractère, de l’esprit et de la retenue.

Blog posts